La modernité, un thème qui par sa dimension historique nous interpelle, plasticiens ancrés dans le temps présent mais cependant toujours en lien avec l’histoire de l’art. À ce titre Christophe Charle nous propose dans son ouvrage intitulé « Discordance des temps » une brève histoire de la modernité, de concevoir cette modernité dans un espace social global en croisant toutes les formes d'histoire, celle des idées, de la culture, des représentations et l'histoire sociale. Rappelons ici la genèse de la formalisation de l'art moderne qui fait suite aux écrits de Charles Baudelaire, Walther Benjamin ou encore Clément Greenberg. Ils valorisent l’actuel, le quotidien et la beauté qui s’en dégage, dans une recherche de progrès et de nouveauté. Pourtant plus nous approfondissons cette notion de modernité et mieux nous en constatons la variété des points de vue et en cernons la dimension polysémique, pour ne pas dire floue. En tout état de cause elle fait référence à une période historique, celle de l'Art moderne. Cette époque portait en germe toute la modernité d'aujourd'hui à travers un cheminement défini par la critique artistique en termes d'avant-garde, de contemporain, de postmoderne pour ne citer que la colonne vertébrale des bouleversements qui ont remis en cause l'institution de l'art officiel. Ceci jusqu'à provoquer ce que Pierre Bourdieu appelle l'institutionnalisation de l'anomie dans l’art, c'est-à-dire « l'abolition de toute référence à une autorité ultime, capable de trancher en dernière instance ». Concevoir la modernité c'est ainsi remettre en question les valeurs établies, les représentations du passé. Mais c'est aussi les soumettre à un questionnement.

C'est ce chantier que j'aborde depuis cet été dans un dialogue avec un des fondateurs de l'Art moderne, Claude Monet. À travers ce cheminement c'est le statut de l'image et des moyens de se l'approprier qui m'est apparu comme un des  liens entre la vie moderne au temps de Monet et aujourd’hui.

Le public se précipitait alors dans les salons et les grandes expositions de peinture. Dans la deuxième partie du XIXe siècle se développe la photographie qui va devenir accessible à tout le monde. On peut parler d'art de masse.

Que sont les groupes de touristes devenus ? Ont-ils changé de figure, de centre d’intérêt artistique ? Les longues files d’attente devant les grandes expositions ne sont-elles pas identiques à celles des grands salons ou autres expositions universelles ? Si les scénographies muséales sont plus « modernes », les visiteurs ont-ils modifié leurs habitus ?

Quelles sont les images qui aujourd'hui accompagnent la vie moderne ? Quelles sont donc les nouvelles pratiques de masse ? Les outils que la technologie d’aujourd’hui met à notre disposition sont spécifiques de ce début du XXIe siècle. À l'époque où les arts classiques peinture, sculpture, dessin, gravure étaient la référence, l'apparition de la photographie et du cinéma avait préfiguré pour certains la mort de la peinture. Une mort annoncée qui aujourd'hui n'est pas encore totalement advenue, malgré l’avènement du tout numérique. Toutefois une question reste posée : que faire de la peinture ?  « Peindre ou ne pas, peindre ».

À ces différents questionnements est venu s’ajouter celui de l’exhibition de l’oeuvre qui a vu disparaître pour des artistes comme Claude Monet le cadre qui enfermait le tableau. Ce geste annonçait la fin du tableau de chevalet. L'artiste voulait investir l'espace réel sans pour cela le reproduire. L'espace urbain aujourd'hui a vu réapparaître les cadres enfermant les images. Ce sont pêle-mêle, les vitrines des magasins, les panneaux publicitaires, et surtout les multiples écrans à cristaux liquides LCD (Liquid Crystal Display). L'écran est devenu ainsi la nouvelle vitrine de la modernité. C'est le lieu de projection d'une réalité fantasmée par les images que nous allons y télécharger.

Le travail dont je vais dérouler l’écheveau tout au long de la biennale portera sur ces différentes questions.

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